Forum Blabla 18-25 ans

La (khey-)quête du surhomme

Par Mat B.

Mon cousin m’a dit l’autre fois : « Les mecs du forum 18-25 ans, c’est vraiment la lie de l’humanité. ». Et c’est vrai ! Tout le monde le dit, tout le monde l’écrit, tout le monde le lit, ce ne peut donc être que l’implacable et entière vérité.

Après tout, qu’est-il permis d’espérer de ces « cyber-harceleurs en meute », selon les termes de Marlène Schiappa, sans doute très informée sur le sujet puisqu’elle en va jusqu’à négliger le devoir de réserve qui est celui de tout fonctionnaire d’état en se jetant à corps perdu dans la généralisation et l’amalgame ? Ils sont misogynes, racistes, frustrés et violents, menant des « raids » concertés sur les réseaux sociaux, ciblant leurs victimes selon leur sexe, leur visibilité médiatique, leurs idées progressistes. Ils sont réactionnaires, blancs, hétérosexuels, cisgenre, virilistes et pas du tout inclusif.ve.s, et leur monde est celui d’hier, puisqu’ils n’ont pas compris qu’aujourd’hui, c’est déjà demain. Ils sont dangereux, une menace pour la démocratie, l’âme noire des hommes, la cinquième colonne malodorante du mal suprême.

Que devons-nous faire, alors, de ces gens-là ? Nulle société aspirant à la stabilité, à la tolérance, au respect, ne peut décemment se permettre d’abriter en son sein une telle tumeur maligne sans réagir. Les outils, législatifs, moraux, médiatiques, existent pour tenir à distance, sous les pierres, ces idéologies de cloportes, ces dissonances sociétales qui constituent l’ensemble, pas moins, des conversations (on dit « topic », pour ceux qui n’internètent pas souvent) de ce forum. S’ils remettent en question les dogmes du politiquement correct, corrigeons-les, à droite, à gauche, au centre, comme dans ces soirées-là. Leur intolérance est intolérable, et ne sera pas tolérée. Leurs arguments puent la naphtaline et le Zyklon B®. Ils mettent en danger la société, ils doivent être éliminés. Si on ne les voit pas, ils n’existent pas. Nul besoin de discuter, de dialoguer ni d’argumenter, puisque si leurs idées sont si réactionnaires, c’est parce qu’ils ne sont pas intelligents, et incapables d’accepter comme absolument vrai qu’ils ont tort. Un exemple ? Ils pensent que c’est nous, les Gens Gentils, les méchants, alors que c’est eux, c’est évident.

Car enfin, que pouvons-nous savoir de ces hordes malveillantes qui, à longueur de topic, étalent leur misogynie, leur inculture, leur racisme/antisémitisme/grossophobie/petitophobie/anti-intellectualisme/etcétérisme ? Ils se camouflent derrière des pseudonymes tous plus débiles les uns que les autres (du genre « Hitler88 » ou « NikeurduJura2.0 », bon, je caricature, mais l’important c’est de faire passer mon message de paix et de vérité, n’est-ce pas ?), parce qu’ils sont lâches. Ils sont tous puceaux, hein, faut le savoir, parce que quelle fille voudrait d’eux ? Ils s’amusent d’un rien, de choses vulgaires le plus souvent, ou de la douleur des autres, parce qu’ils sont immatures. Ils ont l’obsession de la virilité, de la force, de la domination, parce qu’ils sont faibles. Ils ont même créé leur propre langage, hermétique, parce qu’ils sont fourbes et menteurs. Ils sont déscolarisés, parce qu’ils sont bêtes et méchants. Bon, disons-le tout net : ce sont des sous-merdes !

Maintenant que voilà ces dangereux énergumènes rhabillés pour l’hiver, peut-être serait-il bon de mettre à l’épreuve ce qui est dit, pour comprendre ce qu’il en est. Car qu’est-ce qui fait un homme, à part ce que l’on dit de lui, au bout du compte ? C’est là tout l’enjeu du procès qui s’est tenu cet été  au nouveau Tribunal de Paris après un report d’audience, les dossiers des deux accusés n’ayant pas encore été transférés depuis l’ancien palais de justice.

Les accusés, deux jugés à Paris et cinq autres en régions, sont donc une poignée de « kheys » (c’est ainsi que se désignent entre eux les membres du forum, et par parenthèse, quant on a un tant soit peu de respect pour soi-même on prononce « quai »), sur les milliers que compte le forum Blabla 18-25.

Vous trouverez tous les détails sur cette affaire ici. C’est une affaire sérieuse, grave, et l’on est en droit d’espérer que le jugement auquel aboutira ce procès sera fécond en prises de conscience, en compréhension et acceptation d’autrui, et qu’également on punira le délit commis (car délit il y a) justement, dans le respect du droit, qui doit différencier le crime et le criminel, et de la Raison, qui nous commande de ne pas étendre la condamnation du criminel à ceux qui lui ressemblent.

Mais ça n’arrivera pas. Si la première partie de cet article, dont je l’espère l’ironie n’aura échappé à personne, laisse craindre une chose, c’est bien qu’on se fera un plaisir de traquer et abattre la « meute », à la suite des quelques loups enragés qu’on est parvenu à attraper.

Et les raisons qui motivent ce désir de mort m’échappent, je dois bien le reconnaître. Tout autant que m’échappent les raisons qui ont poussé un jeune homme intégré socialement, responsable de ses actes et peut-être raisonnablement intelligent, à menacer des pires atrocités une journaliste qui avait écrit une chronique radiophonique courte et agressive à propos du forum, chronique qu’il a confessé n’avoir même pas entendue.

Lorsqu’on n’est pas d’accord on cogne, ou on dialogue ; toute autre approche serait impuissante à résoudre une situation de désaccord. Si la seule réponse que peut donner l’Etat à une telle violence, clairement révélatrice d’un mal-être profond, est la gifle tiède d’un vague peine de prison assortie de sursis, alors l’Etat confirme ce que je pense de lui quant à son impuissance et son inadéquation. Une punition n’est acceptable que lorsqu’elle est comprise ; dire « ta gueule », parce que ce qu’on entend ne nous plaît pas, même à raison, c’est ajouter au malheur du monde.

Ce qui ne peut laisser d’inquiéter toute personne qui chérit la liberté, c’est cette tendance, corollaire aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, à la pression publicitaire, et au marché économique global à vouloir unir en une seule parole les voix discordantes du monde.

Et sur le forum Blabla 18-25 de JVC, les voix discordantes du monde se font entendre, diverses et pléthoriques.

Les forces agonisantes du conservatisme social et de la réaction politique sont là, avec leurs liturgies complotistes, antisémites, leurs obsessions virilistes un peu hors-sol (parce que bon, on bosse comme un esclave en open space huit heures par jour mais on go muscu à la salle et on se sent MALE ALPHA). Au bout du compte c’est une communauté très effrayée par un peu tout, des arabes aux gauchistes, en passant par le journalisme et la politique. Ils entretiennent des relations très problématiques avec les femmes, qu’ils méprisent, qu’ils envisagent comme des bêtes curieuses à dompter, à soumettre, à subjuguer, mais qui occupent de façon visiblement obsessionnelle leur espace mental, puisqu’ils y consacrent une quantité impressionnantes de topics, où les mantras sans cesse répétés de l’hystérie et de la duplicité féminine sont psalmodiés jusqu’à la transe. En bref, et en général, des petits bras un peu fragiles, qui existent IVL et baissent les yeux dans la rue, qui ont élaboré toute une mythologie de valeurs rigides et exigeantes, bien trop pour qu’eux-mêmes ne puissent les appliquer, rejetant opportunément la faute de cette contradiction performative sur cette société moderne et décadente qui les frustre. Une fois de temps en temps, ils montent un « raid » sur les réseaux sociaux contre telle ou telle blogueuse progressiste/féministe de combat/Instapouf basique. Ca les occupe en attendant le jour où, au propre ou au figuré, ils regrimperont dans l’utérus maternel pour s’y enkyster en attendant la mort.

A ma gauche, les forces frétillantes et inoxydables du progrès. Un des topics les plus durables et les plus suivis sur le 18-25 ? Celui de la France Insoumise de Mélenchon. Les propos racistes, droitards, anti-, restent rarement sans la réponse de cette frange très active du forum, qui n’échappe pas aux travers du genre, et qui tente de rassembler autour d’elle tout ce qui se pique de Raison et de Conscience. Pinailleurs émérites, premierdegrétistes moralisateurs, zadistes à dos de souris, ils tentent en vain de contrer les assauts de leurs camarades d’en face, plus nombreux qu’eux. Ils sont de ces gens souvent cultivés et enthousiastes, qui ne s’autorisent comme seul cynisme que d’honnir le monde tel qu’il est et comme seule naïveté que de le rêver tel qu’il ne sera jamais. A leur réveil, d’ici 5 à 10 ans, ils rejoindront les rangs anonymes de cette social-démocratie tiède qui est le faux nez du libéralisme le plus brutal.

Et puis il y a les kheyettes, qu’on peut parfois légitimement soupçonner d’être étonnamment bien membrées pour des filles. Mais elles existent malgré tout, elles fascinent souvent, et sont souvent les seuls contacts féminins authentiques et bienveillants des plus asociaux parmi les forumeurs. Nous n’en dirons pas plus, car on entre ici dans la contrée des mythes et des légendes (topic vu aujourd’hui : « Qui a déjà baisé une kheyette :nofake ? »).

Et c’est tout ? Le forum se contenterait-il de singer la distribution grossière de la société entre mâles au choix poussiéreux et obsessionnels, au choix gentils et égocentriques, et femmes marginalisées et tout à fait incomprises ?

Pas vraiment. Après des années passées à prendre la température rectale d’internet sur les forums les plus mainstream ou les plus obscurs, je ne suis surpris nulle part ailleurs que sur le forum 18/25 ; je dois aux kheys mes derniers vrais fou rires IVL ; j’ai vu de vraies vies derrières les avatars.

Ici, nous avons un jeune homme dont le chat vient de mourir. Réactions : trois trolls à moitié sérieux qui l’incitent à la nécrozoophilie, et huit pages de condoléances sobres, sincères et touchantes. On retrouvera bien entendu tous ces joyeux drilles quelques heures plus tard sur un autre topic, partageant avec gourmandises les sévices qu’ils infligeraient à telle speakerine de troisième zone ou pornstar pneumatique, mais dans l’espace protégé d’une conversation spécifique, pendant quelques minutes, ces jeunes matamores ont fait scintiller leur humanité.

Là, nous avons une jeune fille, qui ne dira à personne d’autre que ces anonymes turbulents les tourments qui la paralysent et les doutes qui l’habitent. Oui, je sais. Ils lui diront les pires insanités, mais finalement pas tant que ça, car tel un organisme sain, le forum sait s’autoréguler, et tendre à la résolution des crises, fussent-elles les plus futiles. D’autres lui répondront en toute franchise, et au bout du compte l’aideront. Dans la vie de tous les jours, c’est Magalie, cette fille un peu en surpoids et sans amis assise au fond de la classe à qui ses camarades ne demanderont jamais comment elle va, car ils connaissent la réponse, et s’en fichent malgré tout.

Ailleurs, nous rencontrerons tel khey qui a quelque terrible secret à confesser, au chaud et loin des regards, comme dans une salle de l’écho virtuelle). Ils sont nombreux dans son cas, et bien souvent en décalage flamboyant avec les positions virilistes et sévères affichées par ailleurs. On se dit que malgré ses erreurs Freud avait bien mis le doigt sur quelque chose, si on en croit les endroits où les kheys rêvent de mettre le leur, de doigt.

Et tant d’autres, trop pour les citer tous : les Jean-RSA qui ont transcendé leur mal-être en véritable rébellion décroissante, les kikoo-japs qui restent un peu dans leur coin, les inepties qu’on ne peut lire sans réagir, les douches écossaises de la bienveillance et de la méchanceté, les tranches de vies, réelles ou fictives, sur tout le spectre des émotions humaines.

Voilà la plus grande qualité du forum 18-25 : ne se priver d’aucune note, même fausse, sur la grande portée humaine. Tout y est. Dans nos paysages digitaux tièdes et corrects, où tout est modéré (à tous les sens du terne), l’immodération de la parole prend une coloration révolutionnaire ; quand tous chuchotent de peur de devoir écouter l’autre, les cris de certains deviennent les vrais étendards de la liberté d’expression ; quand « être décomplexé » veut dire « piétiner l’autre », se mettre à nu devant des inconnus  reste la plus respectueuse des façons de soigner ses complexes ; dans un monde médiatique possédé qui ne censure rien mais s’abstient de tout dire, la liberté de dire tout et surtout n’importe quoi, voici un impossible qu’il est réaliste d’exiger.

Alors, bien sûr, le fameux 410, qui permet de « modérer » un topic trop glissant, reste perçu par les kheys comme une forme de censure. Soyons honnêtes : si toutes les valeurs nobles comme la liberté, le droit au respect et à la parole, l’affirmation de soi dans un tout uniforme, profitent à coup sûr d’un tel espace d’expression, la dignité humaine n’a rien à gagner d’avoir le « droit » assez sinistre de dire à son prochain qu’on va violer le cadavre de sa fille en cosplay Naruto. Le trolling, c’est sympa, et c’est parfois très drôle ; lorsque cela se substitue à une vraie et complexe réflexion, cela cesse d’être utile au débat. On doit pouvoir dire n’importe quoi, et à n’importe qui, en prime ; mais on ne peut pas se permettre de le dire n’importe comment. Mais, encore une fois, il faut prendre le temps de se comprendre pour trier le bon grain de l’ivraie, le trolling gratuit « for the lulz », et l’intention de nuire à autrui. Ce que les modérateurs du 18-25 ne font pas, ou alors pas assez. Au lieu de créer de la modération, les 410 créent de la frustration, voire de la défiance, en abusant souvent, ne le justifiant jamais, s’abritant derrière une charte que tous sont censés connaître et accepter. On est sur un forum plutôt orienté « jeunes », alors pourquoi s’emmerder avec de la pédagogie et du dialogue, hein ? Montrons-leur, à ces débiles, que le monde réel ce n’est pas de la rigolade et de la provoc’ à deux balles : c’est la loi, la loi et la LOI ! Alors si je dis « la shoah n’a jamais eu lieu » ? 410. Si je dis « je ne voulais pas visiter Dachau mais j’ai pas eu le shoah » ? 410. « J’aime prendre les filles par le cul » ? 410. « J’aime prendre les filles par la main » (et sur le 18/25, c’est déjà énorme pour certains…) ? 410. « Bonjour » ? 410. « Au revoir » ? 410. « 410 » ? 410.

Bien sûr, j’exagère, parce qu’à l’instar des kheys, la seule arme qu’il me reste contre l’arbitraire de la censure, c’est l’ironie pas si bête, et pas si méchante. Les modos font leur boulot de rempart-contre-le-Mal-qui-nous-rappelle-les-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire, mais au bout du compte, le Mal, vous préférez prétendre qu’il n’existe pas, caché derrière une batterie de pare-feu et de garde-fous,  ou vous préférez l’affronter à visage découvert ? Réfléchissez-y.

Je me rends compte, en me relisant, que ce petit article est bien décousu, bien loin de l’argumentaire ciselé et lumineux que j’avais en tête ; de belles idées parfois, et des mains tendues, et puis aussi des énormités sans grand fondement, de la mauvaise foi crasse, du mauvais goût et de la grâce. Un pavé sans queue ni tête, mais avec du cœur, j’espère. Un peu comme le forum JVC Blabla 18-25, en fait.

Mais si je n’ai pas été à la hauteur de mon sujet, cela se comprend aisément : il faut savoir que sur le « fofo », tous les kheys ont des bites de 25 centimètres, font €10K par mois, et tournent à 140 de QI en moyenne. Certains peuvent même vaincre un gorille à mains nues… Changez rien, les kheys, vous êtes l’Elite !

Moi je ne suis pas un khey.

Mais je pourrais. (1)

Sans rigoler.

Je pratique les forums polémiques depuis maintenant 6 ans, la lecture de sites survivalistes en parallèle depuis 7 ans, je pourrai.

Ainsi que la lecture des tweets d’Henry de Lesquen depuis 4 ans, 10 pages à la minute pour 137 de QI.

J’ai une vitesse de lecture de fou, et des réflexes intellectuels identiques à ma vitesse. J’ai juste à attendre qu’un pyj poste, le firster et lui donner des bons trolls dans la tête. Je le lâcherai pas à la moindre erreur, le pyj est defban. T’auras toujours des puceaux d’ici pour dire que c’est impossible. Rien n’est impossible avec de la volonté déjà les amis, et de 2), c’est pas avec leur 410 de lâche que les modos vont faire quoi que ce soit.

N’importe quel khey un minimum entraîné peut vaincre un pyj IRL déjà. Sur le fofo c’est pas forcément plus compliqué ça demande juste de la technique.

 

(1) voir « pavé MMA »

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Ni juge, ni soumise

L’humanité à nu dans «Ni juge, ni soumise»

Les anciens de «Strip-Tease» s’installent dans le bureau bruxellois d’Anne Gruwez, juge d’instruction. Entre le rire et les larmes, ils donnent à voir des justiciables rivalisant de bêtise et de fourberie.

Elle fait penser à Seccotine, l’exaspérante copine de Fantasio créée par Franquin. Elle est effrontée, rentre-dedans. Plutôt menue, dotée d’une vive intelligence, péremptoire et ironique, elle a de la repartie et ne manque pas d’entrain. Elle conduit une 2CV, comme les Dupondt. Elle dialogue avec son rat apprivoisé. Lorsqu’elle roule dans la voiture d’un collègue policier, elle lui demande de mettre le gyrophare et de brûler les feux rouges. Anne Gruwez, juge d’instruction à Bruxelles, est l’héroïne de Ni juge, ni soumise.

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Plongeant dans les tréfonds de l’âme humaine et de la belgitude extrême, ce documentaire est un spin-off cinématographique de Strip-Tease, le fameux magazine de la télévision belge qui, de 1985 à 2012, a déshabillé jusqu’à l’âme les citoyens du Plat Pays. Lancée par Jean Libon et Marco Lamensch, l’émission est allée à la rencontre de constructeurs ruraux de soucoupes volantes, d’une délégation parlementaire en voyage officiel en Corée du Nord, d’amateurs de cryogénisation domestique ou d’agriculteurs croupissant dans la misère sexuelle…

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Défilés de branques

Flanqué d’Yves Hinant, Jean Libon a installé sa caméra dans le bureau de la juge pour filmer un hallucinant défilé de branques, de matamores, de lavedus, de baltringues, de snuls, de smeerlaps et autres damnés de la terre. Ils sont prodigieux de rouerie maladroite et d’imbécillité incurable. Tel minus a été surpris par une caméra de surveillance en train de bousculer un octogénaire au bancomat et de lui voler son argent. «Ce n’est pas moi», s’insurge-t-il. Ou alors il a oublié parce qu’il fume du shit. Plus il l’ouvre, plus il s’enfonce. «Taisez-vous!» crie son avocate. Lorsque la menace de la prison se précise, abdiquant toute superbe, il pleure: «S’il vous plaît, ne foutez pas tout en l’air.»

La réalité dépasse la fiction, et de loin.

Face à quelque galapiat, Anne Gruwez tonne: «Je peux vous dire que la colère d’Allah ce n’est rien à côté de moi.» Mais elle a de la compassion pour les losers, pour «ces filles qui sucent des trucs qui sentent pas toujours très bon». L’humanité, dont elle fréquente quotidiennement la lie, n’a plus de secrets pour elle. Elle sait tout de son anatomie, de sa psyché, de ses pulsions. Le Mal est un vieux compagnon de route.

Effroyable infanticide

La réalité dépasse la fiction, et de loin. Entre les auditions d’une famille consanguine qui récite toutes les maladies qui l’accablent, d’une caillera qui pleurniche («Vous êtes en train de mettre un innocent en prison») avant de menacer («Je jure devant Dieu que je partirai en Syrie et ça va péter») et autres frères humains si dérisoires, si pathétiques, Mme le juge dirige un épisode de Cold Case. Les progrès de la génétique justifient la réouverture d’une affaire classée: deux prostituées assassinées dans les années 90, cinq suspects. On descend aux archives retrouver un préservatif plein depuis un quart de siècle, on déterre le suspect récemment décédé – charmante scène dans un cimetière printanier, avec une ombrelle rose pour la magistrate et un cadavre exhumé dont on prélève une section du fémur. Il n’y a qu’en Belgique, nation au surmoi atrophié, qu’il est possible de montrer aussi frontalement la réalité. «Ce n’est pas du cinéma, c’est pire», affirment les auteurs, et ils tiennent leur promesse.

Est-ce une farce ou une tragédie? Un peu des deux. La rigolade l’emporte lorsqu’une plantureuse domina SM explique gentiment les sévices qu’elle inflige à ses clients, soulignant le goût de certains pour la consommation de suppositoires à pleines boîtes. A l’obscène rigolade succède un infanticide effroyable. Devant la juge, la meurtrière raconte comment cet enfant est né d’un viol perpétré au cours d’un rituel satanique organisé par la belle-mère, comment elle l’a égorgé pour éviter qu’il ne répande le mal sur la terre, comment son sang noir a prouvé qu’il était le fils du diable… Elle dit avoir rêvé de la lune qui se fendait en deux et tombait, de Jésus aussi, et deux fois du Prophète… «J’ai l’impression que mon cerveau va…» – «Exploser?» suggère judicieusement Anne Gruwez.

L’œil de Tintin

Et Cold Case? Les tests ADN ont innocenté trois suspects. Un quatrième est aux Etats-Unis. La police belge attend une réponse des autorités américaines. «On ne peut pas faire de miracle», relève avec un bon sourire un criminologue flamand qui ressemble à Lambique, le voisin de Bob et Bobette, en plus rondouillard. L’image s’arrête sur sa radieuse gentillesse.

Le générique de fin se déroule sur un détail du bureau de la juge: une statuette de Tintin, caché dans le vase du Lotus bleu. Le petit reporter a la bouche arrondie et les yeux écarquillés, comme sidéré par tout ce qu’il a vu et entendu. C’est la touche de belgitude ultime.


Ni juge, ni soumise, de Jean Libon et Yves Hinant, Belgique, 2017, 1h39.

Un article de Antoine Duplan pour Le Temps, quotidien suisse.

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